11. Armel « du Canotier »

Ce même été 2000, alors que mes parents ne me laissaient pas trop aller à des fêtes de lycéens (auxquelles je n’étais pas des masses invité non plus), j’ai remarqué que dès qu’il s’agissait de jazz, la bride était beaucoup plus détendue !! Ainsi donc je commençai à fréquenter de plus en plus souvent ce café-concert des bords de l’Erdre, le Canotier. Josse, le patron de l’époque, était un vrai jazz/blues fan, et c’est là que j’ai pu rencontrer tous les musiciens de Nantes, ceux que j’admirais et admire toujours, d’ailleurs.
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En parallèle, j’ai trouvé en l’association Mine de Jazz un super terrain de jeu. L’ambiance était différente du Conservatoire ou du Canotier, on était moins dans l’analyse et plus dans le lâcher-prise, car il n’y avait pas de public, c’était entre-soi. En plus, on y trouvait un beau brassage de cultures, de niveaux, d’influences. Dans le jazz, il y a ce truc de la jam session, autrement appelé le boeuf. Une rencontre informelle entre des musiciens qui connaissent les mêmes morceaux (les fameux standards) et qui se retrouvent pour jouer, pour le plaisir, en dehors de leur vrai métier. Mine de Jazz ou le Canotier, dans les boeufs du jeudi soir, étaient mus par cette culture, et c’est dans ce contexte très favorable que j’ai pu laisser s’exprimer mon appétit pour le jazz qui swingue, qui envoie des notes, qui roule un peu des mécaniques, et surtout que j’ai rencontré mes amis de l’âge adulte, et aussi mon premier amour.
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Pour vous décrire un processus aussi intime que ma création musicale, parler de mes amis, de ma famille et de mes amours n’est pas une absence de pudeur. C’est pour moi un moyen de remercier ceux et celles qui ont compté et comptent toujours, qui m’ont permis de me découvrir, de me rencontrer à travers leur regard, leur écoute et leur sensibilité.
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Dès mon plus jeune âge, j’ai été entouré par des « plus âgés », étant le dernier des 4 enfants de mon père et l’unique enfant de ma mère. J’ai sauté une classe en maternelle, et ai été très stimulé par la présence de ma soeur aînée Virginie dans notre petit cocon familial. Ainsi, lorsque mes 18 ans approchaient, je fis quelques rencontres déterminantes, toutes « plus âgées » : Cécile, Christophe, Ronan, Chloé, Yannick et Valéry.
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J’étais alors étudiant en première année de Sciences Éco à la Fac de Nantes, la musique n’étant qu’un « à côté ». Ce sont deux éléments combinés, survenus à quelques semaines d’intervalle, qui ont mis le feu aux poudres ! Cécile, magnifique jeune femme de 30 ans, participait elle aussi aux jam sessions de Mine de Jazz. Elle avait connu Paris, l’étranger, et était déjà maman ! Son irruption dans ma vie m’a offert un sacré coup de booster, me mettant en face de certaines réalités : j’avais vraiment beaucoup de musique en moi. Nous fréquentions ensemble les jam sessions du Canotier, et sous l’impulsion de Cécile, j’osais aller faire le boeuf avec « les bons », l’orchestre du trompettiste Yannick Neveu, dans lequel, par chance, il n’y avait pas de pianiste. Quelques jours plus tard, j’eus à créer un orchestre pour une soirée dans un autre club, et Cécile me convainquit d’appeler Yannick, Fred et Franck, qui tous trois acceptèrent avec plaisir. 
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Wow, si eux acceptaient de jouer avec moi, c’est peut-être que je n’étais pas si mauvais !
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Ainsi les dés furent jetés, mais j’eus plus de mal à convaincre mes parents d’arrêter la Fac en première année !! Finalement je resterai étudiant pendant 3 ans, et irai tellement souvent au Canotier, que bien des années plus tard, un jour ma mère, croisant un jeune musicien de Nantes, lui dit : « je suis la mère d’Armel ». Et la réponse du gars « Armel du Canotier?!!! »