10. Mes débuts de musicien

Mon tout premier souvenir de jeu en public, c’est à l’été 91. Mes parents avaient organisé une fête musique pour l’anniversaire de ma mère, dans une grande salle en périphérie de Nantes. L’orchestre de mon père et mon oncle, réminiscence des 60’s, assurait le spectacle et je pense qu’on m’avait chargé de la première partie, avec mon clavier Yamaha PSR-2 flambant neuf et son super son n*19 – Jazz Organ. Je me souviens du regard encourageant de mon père, et du soutien psychologique et admiratif de mes cousins Vincent et Lauriane. Comme quoi, bien avant toute velléité professionnelle, c’est déjà l’entourage familial qui m’a porté. Merci ma famille !

À cette époque, je fréquentais déjà le Conservatoire de Nantes, le mercredi matin : cours de solfège : beurk ! J’avais une bonne oreille, mais j’étais très mauvais en dictée rythmique, je n’aimais pas cette façon d’apprendre, et cela m’a suivi jusqu’à aujourd’hui, où je suis complètement déconnecté de la lecture de partitions.

Ma première prof de piano en cours particuliers, une portugaise très gentille, avait une méthode bien à elle pour enseigner : elle appuyait sur les doigts ! Du coup, je pouvais arriver au cours sans avoir ouvert mon cahier d’une semaine à l’autre, elle jouait à ma place, notait « Très bon travail » dans mon carnet, et empochait les 70 francs. 

LOL 

Les choses sérieuses commencèrent avec une autre vraie prof, qui elle n’appuyait plus… ô déception. Quelques années à s’échiner sur du Schumann ou du Beethoven qui ne m’intéressaient pas du tout, quand mon copain François avait droit, lui, à des petits ragtimes que j’adorais et que je rejouais d’oreille. À 12 ans, le couperet tombe : Madame L. me vire de son cours en disant à mes parents « Armel ne travaille pas, vous perdez votre argent et moi mon temps » Elle ajoutera « il ne fera jamais rien en musique » et l’ironie voudra que de tous ses élèves sur 40 ans de carrière de prof, je suis le seul à être devenu pro. Hihi, comme quoi, dire des saloperies, ça ne sert à rien sinon à vomir sa frustration.

Ainsi, après ma famille, la personne clé de mon enfance, juste avant d’entrer dans l’adolescence, fut Jean-Marie Bellec, mon professeur et mentor. C’est drôle d’avoir rencontré un pianiste si talentueux et rigoureux sans avoir jamais pris un cours de piano avec lui ! À l’époque, j’étais son élève en atelier jazz à l’école de musique d’Orvault, dans la banlieue chic de Nantes. L’atelier, c’est un cours collectif, avec une sorte de reconstitution d’un orchestre standard (piano, contrebasse, batterie et des solistes) dont le but est de jouer ensemble et d’analyser ce qui se passe. C’est l’école du jeu collectif, et non un cours individuel d’instrument. Je me souviens être revenu du premier cours en disant « Jean-Marie a parlé presque tout le cours ! »

Son influence fut très positive car nos personnalités fonctionnaient bien ensemble : entre respect de l’aîné et encouragement du jeune qui en veut. Ses bons conseils et son regard positif, gardant toujours la bonne distance, sans trop ni trop peu d’affect, m’ont aidé à me trouver en tant que musicien. Lorsqu’il a ouvert une classe jazz au Conservatoire de Nantes en 1997/1998, c’est assez naturellement que je l’ai suivi, et c’est aussi grâce à lui que j’ai fait mes premières scènes.

Comme tout jeune garçon ayant pris de plein fouet la vague Nirvana, j’ai un temps abandonné le piano pour faire tourner en boucle « Smells like Teen Spirit »… Ainsi, c’est en tant que guitariste que je suis monté pour la première fois sur la scène du Pannonica à Nantes, pour jouer un morceau groove de Lionel Hampton. Chouette souvenir, même si je me sentais limité sur l’instrument… 

À 15 ans, Jean-Marie m’a recommandé auprès d’un directeur d’hôtel jazz fan pour assurer, avec d’autres élèves, les premières parties de vedettes du jazz pour des dîners concerts. Super tremplin pour moi, par contre je me souviens d’être un véritable tyran avec mes copains, leur faisant les gros yeux lorsque l’on se perdait dans le morceau ! Sorry Juliette…. Il me faudra attendre longtemps pour relâcher la pression sur scène.

Mes premiers concerts payés arrivèrent l’été de mes 16 ans, grâce auxquels je pus financer mon permis en conduite accompagnée ! Super école de la vie que d’aller tous les jeudis à Piriac-sur-Mer avec mon ami Denis Joëssel pour accompagner un chanteur au placement rythmique aléatoire. Je crois que grâce à lui, j’ai appris pour toute ma vie comment rattraper un chanteur qui se trompe sans que personne, à commencer par lui-même, n’y voie rien ! Ahah !

Après-demain, je vous raconte le point de bascule vers des envies professionnelles !