Episodes 4.5.6.

4. Frenchie in L.A.

Vue de la France, la Californie c’est très loin, beaucoup plus abstrait que New-York et ses 7h d’avion. Pourtant ça génère tout un lot de clichés, le culte du corps, Hollywood et les bimbos…

Bon, quand j’arrive, déjà il fait beau : 11 mars 2016, pas un nuage et 24 degrés. Ça peut paraître idiot, ceux qui vivent dans le sud de la France me comprendront peut-être mieux que les Normands, mais quand tu ouvres les yeux et qu’il fait TOUT LE TEMPS beau, déjà ça met plus en joie pour faire 2h30 de route d’un bout à l’autre de la ville.

C’est dans ce cadre sympathique qu’interviennent deux rencontres majeures : la première c’est une invitation du compositeur Alexandre Desplat à des séances de studio pour une BO de Disney, la seconde c’est une visite chez un vieux complice pianiste originaire, comme moi, de la région nantaise : Pascal Guyon.

Avec un peu de recul, je comprends encore mieux pourquoi le fait que ce soit deux français m’avait encore plus choqué que si j’avais rencontré deux américains : là j’avais une sorte de point de comparaison entre « français en France » et « frenchie à L.A. »

Au studio Warner comme le lendemain au légendaire Capitol, Alexandre Desplat est d’une grande gentillesse avec moi ! On se découvre, il avait juste aimé un de mes titres, un jour, et m’avait envoyé un mail, filon que bien sûr je n’avais pas laissé passer.

Je me retrouve donc invité d’honneur du maître, me fais tout petit face à des musiciens de studio ultra bons et tellement gentils. Mais tellement gentils que cette première idée phare m’apparaît : on peut être un boss et être très très gentil, faire du bon business et s’en réjouir.

À Paris ? comment vous dire…

Personnage extrêmement singulier que Pascal Guyon que je retrouve 15 ans après, dans son appartement spartiate (mais propice à la productivité), face à une belle collection d’awards.

Conversations sur les 15 dernières années, le business ici (à L.A.). Pascal (attention gros cerveau) est passé de pianiste de salsa, à beat-maker, puis hacker, puis trader, puis créateur de robots de trading… et fait sonner les instruments de base de Logic Pro comme Back to Black (Amy Whinehouse).

Il parle de ça avec simplicité, clarté, positivisme et ne se cache pas d’une chose : le music business est une farce (tiens, tiens). Pascal mise tout sur les réseaux sociaux, et là me vient la deuxième idée phare : « purée mais je suis trop has been moi avec mes CD et mon agent ».

Le choc.

 

5. Back Home

Après de telles émotions californiennes, une fois revenu au bercail, pas simple de garder cette dynamique, ces idées fraîches.

Ahhhhh, on fait comment ?! Ici rien ne réagit pareil !

Repli stratégique dans les vieux schémas, une tournée avec un grand maître du ja(aaa)zz, un appartement à Montreuil et un couple qui ronronne…

Trouver un label, avoir un tourneur, trouver des dates soi-même, créer des nouveaux projets, perdre beaucoup de temps et d’énergie dans les projets des autres, partir en province, râler, s’essouffler, jusqu’à ne plus savoir pourquoi on fait ça, et là, « bim ».

Choc n*2 : elle vous quitte… et vous sauve, par la même occasion.

Puisque plus rien n’a de sens, vous jetez par-dessus bord les autres trucs qui vous emmerdaient, jusqu’à vous retrouver nu comme un vers, et c’est là que le miracle se produit : « je n’ai plus peur »

Cette petite incartade dans ma vie perso m’aura permis de vous expliquer un truc qui m’habite depuis le 30 juillet 2017 : je n’ai plus peur.

Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, c’est aussi à ce moment que je rencontre une très jeune femme nommée Alice.

Mais où étais je, moi à 19 ans ? À quoi je rêvais ? Pourquoi ma vie d’aujourd’hui ce n’est que des « il faut » ?

Allez hop, au boulot Dupas, fais de la place, mais fais le proprement, pas comme toutes ces fois où tu as attendu d’avoir dépassé tes limites pour tout dégager avec un mail ultra froid.

Il semblerait qu’on bonifie avec l’âge, non ?

 

6. New beginnings

« Oui Armel, tu sais je ne suis pas surpris de ton départ du groupe »

« Je te souhaite plein de bonnes choses pour la suite » 

Ça peut paraître bête, mais des paroles bienveillantes, qu’est-ce que ça fait du bien ! Surtout quand j’annonce à tous les gens qui ont comme pianiste Armel Dupas dans leur groupe, qu’ils vont devoir s’en trouver un autre…! La palme de la bienveillance revenant à mon ami Arnault Cuisinier.

Après les voyages et les rencontres, les paroles encourageantes sont un vrai moteur du changement. Et pourtant, revenant au contexte de départ, le music business en France, il semblerait que cette denrée soit rationnée !

Si on avait dit aux « acteurs » de l’industrie textile ou sidérurgique en France, lorsqu’elles étaient à leur apogée, que 50 ou 100 ans plus tard, elles auraient quasi disparu, ça les aurait bien fait rire, les « acteurs »!

Pourtant les besoins des gens évoluent, et sans vouloir être oiseau de mauvais augure, ou jeter la pierre, je pense que l’industrie musicale, telle qu’elle s’est développée au XXème siècle, et dont nous subissons encore les effets, va subir le même sort (et pas parce que j’ai quitté des groupes de jazz, hein…).

Pour continuer le parallèle avec d’autres secteurs, prenons les produits les plus caricaturaux de cet ancien monde : un Big Mac, le dernier single de Drake, et un t-shirt H&M.

Dans les 3 cas, ces produits sont sensés répondre à un besoin et des critères éthiques de création.

Pourtant, il n’y a pas plus de « vrai manger » dans le Big Mac que dans les paroles de Drake (même si ces instrus faites par d’autres peuvent être cool), pas plus de respect de la planète et des humains dans le steak que dans les mailles du t-shirt H&M.

Et j’ai la sensation que les gens commencent à s’en rendre compte, quand bien même ni MacDo ni H&M ne ferment boutique, et que Drake truste 5 des titres du Top 10 world sur Spotify.

Le réveil est lent, et je ne serai sans doute plus de ce monde quand tout cela semblera aussi absurde qu’aujourd’hui l’est l’idée d’un Zoo Humain, pourtant j’ai bien envie de participer avec ma musique et mes idées, à ce réveil.